vendredi 6 décembre 2013

Une répétition de l’histoire qui s’envenime

(Texte paru originalement dans L'Aut'journal et disponible à l'adresse suivante: http://www.lautjournal.info/default.aspx?page=3&NewsId=4989)


En 1933, lorsque Un homme et son péché de Claude-Henri Grignon a été publié, le Krach boursier sévissait depuis quatre ans. Bien que le contexte d’écriture s’y prêtait bien, l’auteur ne sembla pas a priori s’en inspirer pour imaginer Séraphin Poudrier, le célèbre protagoniste du roman.

Grignon écrit dans la préface de son roman : «Mon personnage ne date pas seulement de 1890. Il date de 1690. Reportez-vous aux premiers temps de la colonie. La misère, de la viande sauvage à manger, et le premier blé qu’on récolte paraît plus précieux que l’or.»

On comprend un peu mieux l’origine de l’expression «viande à chien» popularisée par Jean-Pierre Masson et qui a inspiré Frédéric Dubois, Jonathan Gagnon et Alexis Martin à y attribuer le titre de leur pièce, une actualisation du récit de Grignon.

Ce personnage de l’avare, autant diabolisé (la figure du banquier véreux) que caricaturé (le gérant de Caisse Populaire Rénald dans La petite vie), touche l’universel en ne limitant pas son récit aux affres d’une crise économique et à la misère qu’elle engendre, mais bien le vice de l’avarice d’un épargnant trop près de ses sous.
Crédit: Gilbert Duclos



«Imaginez maintenant le malheureux qui garde une passion secrète pour l’argent et qui sait en tirer une joie physique et palpable, écrit Grignon. De l’économie à l’avarice, le pas est vite franchi. C’est la dureté des temps qui a provoqué la passion de Séraphin Poudrier.»

Cela n’a pourtant pas empêché les auteurs de la pièce Viande à chien, de situer leur histoire quelque temps avant la crise financière et bancaire de 2008 et de faire de Séraphin, un de ces gourmands capitalistes qui, tel Icare qui s’est brûlé les ailes en s’approchant trop près du soleil, a été consumé par l’appât du gain.

Contrairement au récit original, Donalda est oisive. Elle est captive des chaines d’informations télévisuelle qui annonce une iminente et alarmante tempête solaire. Cette crise environnementale n’inquiète pas Séraphin, bien au contraire. Il y voit là une opportunité d’affaire.

Inspirée par une lecture économique marxiste et keynésienne, la pièce fait de Séraphin la figure du banquier cupide qui a succombé à l’appel des sirènes des subrimes.

Pour ce faire, les auteurs se sont inspirés d’un entretien paru dans la revue Liberté avec le professeur de l’UQAM, Gilles Dostaler, spécialiste de Keynes, qui est décédé en 2011. L’article est disponible sur le site Internet du Nouveau théâtre expérimental.

Dostaler envisageait une faillite du capitalisme aux conséquences sociétales et environnementales. Le tout dans une vision cataclysmique.

Par ailleurs, l’apocalypse a toujours inspiré son lot de prédicateurs et d’interprètes. La pièce rend très bien cette idée en se ponctuant de l’intervention d’analystes qui apparaissent sur les canaux des chaines d’information continue. Ceux-ci font figure de mystiques analysant les signes du jugement dernier.

Crédit: Gilbert Duclos
Keynes reprochait la mathématisation de la science économique, car trop de variables entraient en ligne de compte et empêchaient l’émergence d’une science exacte. Le monde de la finance est empreint d’émotivité. Ce n’est pas pour rien qu’on attribue des qualités humaines à la Bourse. On lit les cotes boursières comme on interprétait jadis le vol des oiseaux.

Pour Dostaler, «le consommateur n’est pas un agent rationnel, souverain, dont les désirs individuels sont à l’origine de la détermination des prix. Ses désirs et ses goûts sont au contraire formés et manipulés par la publicité.» Or, Seraphin appelle à l’humilité, le contrôle et la discipline face à l’argent. C’est comme s’il connaissait bien les enjeux, les risques liés au fait de manipuler l’argent, risques qu’il  tente de dominer, mais en vain.

L’avarice ainsi présentée fait de Seraphin une victime d’un système qui encourage la cupidité. Mais avant de pleurer les grandes fortunes du monde qui se sont consumées lors des crises économiques, il faudra toujours se préocupper du sort des victimes collatérales qui subissent les humeurs de ces alchimistes de la finance.

Viande à chien
Une production du Théâtre des fonds de tiroir et du Nouveau théâtre expérimental
Présenté à l’Espace Libre
Texte de Frédéric Dubois, Jonathan Gagnon et Alexis Martin
Mise en scène de Frédéric Dubois.
Idée originale de Daniel Brière, Alexis Martin, Frédéric Dubois et Pascal Robitaille.
Avec Guillaume Baillargeon, Louise Cardinal, Sébastien Dodge, Jonathan Gagnon et Noémie O’Farrell

vendredi 17 mai 2013

Empreintes



 Texte rédigé pour l'aut'journal et disponible à cette adresse: http://www.lautjournal.info/default.aspx?page=3&NewsId=4604

Du 23 avril au 4 mai au théâtre de La Chapelle
Une production du Théâtre à corps perdus
Mise en scène de Geneviève L. Blais
Avec Paule Baillargeon, Kathleen Aubert, Eugénie Beaudry, Victoria Diamond, Isabelle Guérard, Nico Lagarde et Estelle Richard.


            Ces jours-ci, la parole théâtrale s’exerce sous le chapeau de la confidence au La Chapelle. Elle régie une expérience expiatrice qui donne à représenter ce qui, bien souvent, est confinée intérieurement : celle d’avorter.
            Le terme est puissant. On n’en parle pas à la légère. Contrairement à ce que croient certains bornés idéologiques, cela ne se fait pas sans heurt. Ça laisse justement des empreintes.
Geneviève L. Blais s’est engagée à percer le secret de cette expérience intérieure en présentant sept voix sur les planches du La Chapelle, chacune porteuse de sa propre histoire.
L’une d’elles sort du lot tant par son discours que par son interprète. Cela ne m’a pas pris beaucoup de temps avant de reconnaître les mots d’Annie Ernaux dans la bouche de Paule Baillargeon.
Dans l’autofiction L’événement, l’auteur racontait sa propre interruption de grossesse. C’était dans les années soixante dans un contexte où les choix offerts s’imposaient avec l’énergie du désespoir.
Elle est parvenue à entrer en contact avec une «faiseuse d’ange», un euphémisme de la fonction de ces femmes qui produisaient clandestinement des interruptions de grossesse.
C’est non pas sans avoir réfléchi à la tristement fameuse solution des aiguilles à tricoter.
            Les six autres femmes qui partagent la scène avec Paule Baillargeon parlent d’une expérience plus actuelle où on n’y risque plus sa vie et où on n’est plus des parias de l’État.
            La pièce traverse différents lieux communs qui font figure d’étapes dans le parcours de ces femmes qui feront toutes le choix de ne pas garder l’enfant qui croît en elles.
            Cela commence avec par incrédulité des menstruations qui tardent à arriver et aux symptômes qui se manifestent. S’ensuit la relation difficile avec le père ou un autre membre de la famille.
            Inévitablement, la femme se retrouve avec elle-même. Au moment où elles sont forcées d’admettre leur condition, elles entament une réflexion qui aborde entre autres choses le sujet de la fertilité, de la féminité et de la famille.
            Le ton n’est pas exclusivement tragique. Il est parfois nuancé, mélancolique et même comique. Chacune s’exprime à sa façon. L’une d’elles, interprétée par Kathleen Aubert, a 16 ans et parle avec le langage qui correspond à sa réalité.
            Il y a aussi Victoria Diamond, une danseuse professionnelle qui entretient un rapport approfondi avec son corps. Dans son cas, l’essentiel de son expérience passe par l’expression dynamique du corps.
            Estelle Richard joue une intervenante qui œuvre auprès d’un organisme d’aide aux femmes enceintes qui les aide dans leur choix d’avoir ou non un enfant. Sa réflexion a posteriori lui aura fait comprendre qu’une bonne part de l’avortement ne traverse pas les frontières de la conscience.
            Geneviève L. Blais a composé sa pièce à partir de témoignages vivants qu’elle a recueillis en plus de ses lectures de L’événement d’Annie Ernaux ainsi que d’Expulsion de Luis de Miranda et Hélène Delmotte.
            Si nous n’avons pu avoir qu’un aperçu de l’accablement des femmes qui font le choix d’interrompre leur grossesse, la pièce nous aura ouvert les yeux sur leur mélancolie et le deuil qu’elles traversent inévitablement.
            Le théâtre à corps perdus porte la voix de ces réalités qui sont parfois hors d’atteinte. Avec Empreintes, il fait œuvre utile de sensibiliser au phénomène de ces femmes qui cultivent la maternité dans un jardin secret.

Une assemblée de merveilleux francophiles

Ce texte a été rédigé pour l'Aut'journal et est disponible à cette adresse: http://www.lautjournal.info/default.aspx?page=3&NewsId=4569


Le 6 avril dernier, le cabaret du Lion d’Or consacrait sa journée à une promotion ludique de l’expression française au Québec. L’initiative vient du Mouvement Québec français qui réitérait pour une deuxième année l’expérience de ce spectacle aux allures de marathon intitulé «J’aime ma langue dans ta bouche».

Question de souffler un peu, l’évènement s’est déroulé en deux parties, une première en après-midi et l’autre en soirée. Bien qu’on m’ait dit qu’elles étaient similaires, elles comportaient chacune leurs exclusivités.

Comme je n’ai assisté qu’à la deuxième partie du spectacle, j’aurais pu manquer quelques perles n’eût été de la contribution de l’organe citoyen 99% Média (www.99media.org) qui a capté la scène du Lion d’Or avec la lentille d’une caméra, permettant ainsi une diffusion différée.

Ceux qui se mordent les doigts d’avoir manqué ce rendez-vous ont donc l’occasion de se reprendre, mais ils devront faire avec une qualité sonore et visuelle parfois chancelante.

Denis Trudel était à la fois responsable de la direction artistique et l’animation de ce spectacle multidisciplinaire.

On pourrait bien critiquer son caractère brouillon, néanmoins, il est mal venu de dire du mal des bénévoles à qui ont doit la concrétisation de ce projet et qui se sont donné corps et âme à la réalisation de cette activité.

«J’aime ma langue dans ta bouche», selon Denis Trudel, c’est l’incarnation de la notion du français comme langue commune au Québec, notion que les principaux groupes d’intérêt comme le Mouvement Québec français auquel Trudel agit à titre de porte-parole, luttent pour un renforcement législatif.

Pour le porte-parole de l’évènement, Biz, membre du groupe Loco Locass, il faut compter davantage que sur la Charte de langue française pour assurer la pérennité du français au Québec. 

D’après lui, chaque Québécois doit, sur une base individuelle, se porter à la défense de sa langue en abordant un rapport critique avec son propre comportement linguistique. Il plaide pour que le français prévale dans les échanges au quotidien, surtout avec ceux qui n’ont pas l’aisance de bien le parler.

Le président du Mouvement Québec français, Mario Beaulieu, présenta lui aussi un texte qui tenait lieu de déclaration formelle du mouvement de défense de la langue française qu’il représente. 

Citant Pierre Bourgault, il rappelle que «quand nous défendons le français chez nous, ce sont toutes les langues du monde que nous défendons contre l’hégémonie d’une seule.» Au nom de cette cause, il est prêt à prendre tous les coups que lui assènent ses adversaires.

Lisant un texte rédigé dans le cadre de l’évènement, Jules Falardeau déclare s’interdire de s’adresser en anglais avec quiconque au Québec dans un effort pour se libérer de l’emprise d’un réflexe de colonisé.

Ce réflexe faisait en sorte qu’il répondait en anglais à quiconque qui ne s’adressait pas à lui en français, car l’anglais se voudrait la langue internationale des échanges. Falardeau parle exclusivement français au Québec au risque de passer pour un être sectaire ou d’importuner un touriste. C’est pour lui une question santé mentale.

L’homme derrière les études sur la situation du français à Montréal sur lesquelles Pierre Curzi a appuyé sa démarche de renforcement législatif envers le français, Éric Bouchard, était là pour parler de son expérience personnelle avec l’interculturalisme. 

Les bénéfices dont il a soutiré des échanges avec des citoyens d’un héritage culturel différent du sien a fondé un principe de métissage duquel le Québec devrait s’inspirer.

Ces détracteurs de la protection de la langue française ont été souvent pris à partie par Denis Trudel durant la soirée. Après le passage sur scène d’un participant d’une origine étrangère, il était fier de les présenter comme des contrexemples de fermeture, de tribalisme et de xénophobie dont on est souvent accusé.
Avec raison, ces artistes étaient la pièce de résistance de la soirée.

Denis Trudel a invité des artistes de nationalité étrangère qui ont participé auparavant à un concert organisé par la Maison de la culture Ahunstic et intitulé «Des mots sur mesure». 

Depuis 2010, il s’y organise un spectacle annuel qui donne l’occasion à des artisans de la scène musicale d’exprimer leur art en français, il s’agissait parfois pour eux d’une première occasion de le faire. L’exercice demande d’adapter à son goût un texte du répertoire québécois. Le résultat est remarquable.

Ainsi, avons-nous pu entendre trois artistes Tamouls de l’ensemble Amanda Prasad qui  ont interprété «Comme un sage» d’Harmonium et «Chanson entre nous», écrite par Stéphane Venne et chantée initialement par Pauline Julien.

Il y avait aussi Oumar Ndiaye, auteur –compositeur Sénégalais qui a livré une version rythmée de «La complainte du phoque en Alaska» en plus de deux chansons de son répertoire, soit «T’es où» et «Viva le Québec». 

Pour sa part, Yadong  Guan, de nationalité chinoise, a produit une version de «J’ai planté un chêne» de Gilles Vigneault accompagnée d’une consœur. Elle a ensuite joué une pièce en chinois et en français dont le titre est «La lune est mon cœur».

Venue de Turquie, Duo Turco est une formation musicale composée des artistes Ismaïl Fencioglu et Didem Basar qui a donné un souffle nouveau au poème «Soir d’hiver» d’Émile Nelligan et «J’ai la tête en gigue» du duo Jim et Bertrand.

Il ne faut surtout pas passer sous silence le passage de Soraya Benitez, chanteuse Vénézuélienne à la voix puissante découverte dans le métro par un artisan de la Première Chaîne.

Ce n’est pas tout. Le Lion d’Or accueillait également cette journée des artistes venus d’ailleurs qui pratiquent leur art en français comme Zahia, interprète Kabyle, qui a chanté deux compositions musicales de l’artiste Kabyle Idir, soit «Sans ma fille» et «Ce cœur venu d’ailleurs».

Mykalle Bielinski est une artiste qui a plus d’une corde à son arc. Un peu touche à tout, cette Polonaise d’origine n’a dévoilé qu’une partie de son talent en partageant avec le public un de ses poèmes et deux de ses chansons.

L’auteur Algérien Karim Akouche a lu un long texte émouvant. Avant de quitter la scène, il a confié qu’un peuple qui ne défend pas son identité est un peuple destiné à l’esclavage.

Pour sa part, Romain Pollender, auteur et comédien d’un lointain héritage juif et polonais, a partagé un texte qu’il a composé pour l’occasion sous forme d’adresse à un nouvel arrivant.

N’oublions pas la France, la mère patrie de la langue mise à l’honneur. Si l’auteur-compositeur-interprète Gaële devait servir d’ambassadrice, elle est serait sa plus digne représentante. Cette amoureuse du Québec a servi au public un spectacle complètement disjoncté.

Isabelle Blais et Pierre-Luc Brillant, deux comédiens qui ont une seconde vie de chanteurs et de musiciens, sont venus souligner leur amour de la langue. Ils ont joué «Rapide blanc» d’Oscar Thiffault et «Évangéline» d’Angèle Arsenault.

L’homme qui a redonné vie à Gaston Miron, Gilles Bélanger, était, pour sa part, présent pour donner une voix au poète avec «Au sortir du labyrinthe» et «Sentant la glaise» qu’on peut entendre sur l’album des Douze hommes rapaillés.

Les mots de Miron étaient également présents dans la bouche de Denis Trudel qui, pour l’occasion, s’est prêté au jeu de la performance en lisant «Compagnon des Amériques» de Gaston Miron accompagné de la formation musicale chilienne Acalanto.

Ivan Bielinski alias Ivy est un slammeur qui ne rate aucune occasion pour mettre l’épaule à la roue dans la promotion du français. Accompagné de ses musiciens, il s’est exprimé avec sa vigueur habituelle, livrant au passage un slam fort à propos sur la situation actuelle de la langue.

L’humoriste Louis T. a également abordé la question de la langue en débordant du sujet comme les artistes du genre nous ont habitué.

Le Lion d’or a brièvement transformé sa scène en planches de théâtre le temps que le dramaturge et comédien Sacha Samar, venu d’Ukraine, nous présente une scène de la pièce «La mort dans la bouche» de Luigi Pirandello avec l’aide de son épouse.

Pour sa part, Lynda Johnson a lu un texte de Marcel Dubé qui n'était pas tiré d' «Un simple soldat». 

Denis Trudel a tenu présenter des courts métrages durant la soirée afin de donner une place à ce genre qu’il dit sous-représenté. On a pu voir «Sang froid» de Martin Thibaudeau et «Trotteur» de Francis Leclerc. Le choix de ce dernier était toutefois étonnant dans le contexte d’un spectacle consacré à la langue, compte tenu de son caractère muet.

Olivier Bélisle est un auteur-compositeur-interprète à la confluence du folk, du rock, du blues et du funk qui a reçu la tâche ingrate de clore la soirée. À l’instar de son talent en émergence, le spectacle de Denis Trudel devrait revenir en force l’année prochaine.

Celui-ci a partagé à voix haute le rêve d’organiser une scène à air ouverte dans un parc de Côte-des-neiges où il s’y parle près d’une centaine de langues. Voilà un excellent lieu de promotion du français, langue commune des échanges chez tous ceux qui portent le Québec dans leur cœur.

lundi 1 avril 2013

Le républicanisme comme gouvernement responsable



Lamonde, Yvan et Jonathan Livernois (2012). Papineau : Erreur sur la personne, Montréal, Boréal, 201 pages.

Texte rédigé pour L'Aut'journal disponible à cette adresse: http://lautjournal.info/default.aspx?page=3&NewsId=4511

Dans une allocution prononcée en 2001, le premier ministre Bernard Landry était, entre autres choses, redevable aux Patriotes qui ont revendiqué l’obtention du gouvernement responsable.
Lorsque le gouvernement du Québec, dirigé par le premier ministre Jean Charest, émettait un communiqué pour souligner, lors de la Journée nationale des patriotes, l’apport des Patriotes à l’obtention d’un gouvernement responsable, il y avait de quoi s’étonner.
On était en droit de croire que l’obtention du gouvernement responsable pouvait faire consensus entre Québécois de différentes allégeances politiques.
Toutefois, selon Yvan Lamonde et Jonathan Livernois, cette lecture de l’histoire est fondée sur une méprise fondamentale qu’ils démontrent dans le livre Papineau : erreur sur la personne qu’ils ont fait paraître en septembre 2012 chez Boréal.
«Papineau n’évoque pas ni ne réclame un gouvernement responsable de type britannique dans lequel le chef du parti qui fait élire le plus de députés est invité par le souverain à diriger le pays et à nommer les ministres de son cabinet», disent les auteurs.
Papineau cherchait plutôt une réforme radicale du modèle de gouvernance du Bas-Canada en s’inspirant de l’expérience républicaine américaine.
Lamonde et Livernois remontent le cours de l’histoire pour confronter des auteurs qui se sont appropriés Papineau afin de travestir son discours. Le travail de distorsion se serait amorcé avec Lord Durham et aurait perduré avec Jacques Parizeau dans son essai La souveraineté du Québec.
Les auteurs tentent d’épargner personne tant leur désir de réhabilitation est profond. En plus de Durham et Parizeau, ils s’en prennent à Lionel Groulx, André Pratte, John Saul et Jocelyn Létourneau qu’ils accusent d’avoir travesti la pensée politique de Papineau.
De plus, ils confrontent cette pensée à celle d’anciens collaborateurs comme Wolfred Nelson qui ont siégé avec lui au Parlement du Canada-Uni, parfois dans le contentement.
Chose certaine, Papineau le républicain n’a jamais échappé à ses idéaux bien qu’il ait compris avec le temps qu’il ne reverrait pas un autre momentum révolutionnaire de son vivant. Cela ne l’a pas empêché de pousser jusqu’au bout sa réflexion.
Dans la conclusion du livre, Lamonde et Livernois encouragent sans le dire les souverainistes à ne pas travestir le passé pour servir des intérêts contextuels. Ils plaident pour une réinscription de la pensée politique actuelle dans le giron républicain du Patriote :
«Aujourd’hui, nous croyons qu’une véritable conscience démocratique et historique devrait pouvoir, d’entrée de jeu dédramatiser la défaite ou l’échec, dans la mesure où elle permet de voir les événements et les hommes dans une dynamique de longue fidélité à des principes républicains et démocratiques.»