jeudi 16 septembre 2010

Les Canadians de Montréal


«Le Canada français, culture fatiguée et lasse, traverse depuis longtemps un hiver interminable; chaque fois que le soleil perce le toit de nuages qui lui tient lieu de ciel, ce malade affaibli et désabusé se met à espérer de nouveau le printemps. La culture canadienne française, longtemps agonisante, renaît souvent, puis agonise de nouveau et vit ainsi une existence faite de sursauts et d’affaissements. (Hubert Aquin, «La fatigue culturelle du Canada français»)

La lettre d'un certain Remi Bourget, parue dans Le Devoir, a attiré mon attention. Elle dénonce les «dérives identitaires» de la réaction du député Pierre Curzi lors de son passage à l'émission des Francs Tireurs où il évoquait la possibilité d'une main mise des dirigeants du Canadiens de Montréal sur le symbole identitaire et mobilisateur que constitue la mythique et centenaire équipe de hockey. La main mise serait, selon lui, symbolique et économique.

Économique, parce que la nature de la transaction entre la famille Molson et l'ancien propriétaire Gillett n'a jamais été rendue publique, ce qui mène à toutes les hypothèses conspiratrices. Cependant, la liste d'acheteurs que sont la Compagnie Woodbridge, BCE/Bell, le Fonds de solidarité de la FTQ, Michael Andlauer, Luc Bertrand et Banque Nationale Groupe financier est plutôt intéressante à analyser.

Le monde est petit. Prenons, par exemple, le groupe BCE/Bell. Michael Sabia était président de ce groupe jusqu'à la fin de 2008 alors que la vente de l'entreprise aux mains du groupe Teachers aurait fait en sorte que le siège social de l'entreprise passe de Montréal vers Toronto. Sabia a ensuite remplacé Henri-Paul Rousseau à la tête de la Caisse de dépôt et de placement du Québec, celui-ci ayant quitté avant l'éclosion de la «tempête parfaite» (les mots sont de Rousseau et ont une inquiétante connotation positive) ayant coûté 40 milliards de pertes. Quel est le lien entre Sabia et Rousseau? L'empire Desmarais. Après son départ de la CDPQ et après avoir encaissé sa prime de départ, Rousseau est devenu vice-président du conseil d'administration de la société Power et de la financière Power. De son côté, Sabia a convoqué sa première rencontre avec le Québec inc. dans les bureaux de Power Corporation. Dans la même veine, Luc Bertrand était à la tête de la Bourse de Montréal lorsque celle-ci fut annexée à la Bourse de Toronto. Doit-on s'étonner qu'il soit passé lui aussi à la CDPQ? Le monde est vraiment petit.

Vous voulez un autre étrange cas de collusion entre le milieu sportif et politique? La maison de Jean Charest à North Hatley est louée à Sam Pollock (ancien directeur du CH) pour un «prix d'ami». (lire sur le sujet l'enquête menée par le journal alternatif Le Québécois. Lorsque deux journalistes de l'empire Quebecor ont voulu révéler la nature de cette affaire, ils furent congédié par Luc Lavoie, vice-président de Quebecor et ancien chef de cabinet de Brian Mulroney, l'ancien Premier Ministre du Canada et membre du conseil d'administration de Quebecor pour qui Jean Charest a fait ses premières armes politiques!)

Cependant, Pauline Marois a, en quelque sorte, appuyé Pierre Curzi. Elle n'a pas voulu appuyer la thèse économique, se contentant de situer la controverse à la valeur symbolique du club de hockey professionnel. Pour les éternels sceptiques, cette critique demeure l'objet d'une paranoïa nationaliste. Difficile de s'attaquer à l'apparence d'un symbole.


Ces héros donnent-ils le bon exemple?

Tout d'abord, croyez-vous que les joueurs Québécois préfèrent jouer là où les arénas sont vides alors qu'ici, à Montréal, ils sont béatifiés, vénérés et tout le tralala? Que dire des plus jeunes joueurs, comme Carey Price, qui récoltent les conquêtes au Club Opera, ce qui a d'ailleurs fait les choux gras des mini-caméras de téléphones portables pour ensuite être diffusé sur Youtube. Tant qu'à y être, pourquoi s'obstiner à garder Price alors que Halak fut si soudainement adulé pendant les dernières séries?

Êtes vous fiers de ces héros qui donnent ensuite leur temps aux enfants défavorisés et ceux de l'hôpital Ste-Justine? Car ces gladiateurs rendent un service à la population pour lequel nous leur sommes tous redevables. Cependant, véhiculent-ils un exemple à suivre?

Les joueurs du CH portent sur eux, qu'on le veuille ou non, un rôle social important. Que dire du fait qu'on n'impose pas à ces joueurs l'apprentissage du français? Que dire du fait que le Centre Bell ne diffuse pas de musique locale et que la diffusion du match diffusé à l'intérieur des toilettes proviennent d'une station anglophone?


Le Canada et le club Canadiens

Mais non, il s'agit bêtement de blâmer un certain processus de «dénationalisation tranquille» (dixit Mathieu Bock-Côté). Commençons par ce nom: «Canadiens Habitants», un archaïsme centenaire. Savoir que les Québécois d'aujourd'hui descendent des Canadiens-français d'alors, qui eux-même descendent des «Canayens», puis des habitants Canadiens est devenu en cette ère d'acculturation un privilège réservé à une certaine élite conscientisée. La méprise est, et demeure, évidente.

Et pourtant, il s'agit bel et bien de nous de la même manière que l'unifolié du Canada nous revient historiquement de droit. Saviez-vous que les érables poussent en majorité au Québec? Saviez-vous que la feuille d'érable a précédé la fleur de lys sur nos armoiries familiale et qu'une branche d'érable décorait le drapeau des patriotes de St-Eustache? Saviez-vous que l'hymne national du Canada a d'abord été composé par Calixa Lavallé pour les fêtes de la St-Jean-Baptiste, fête des Canadiens français?

Un drapeau et un hymne national hors des mains des Québécois d'aujourd'hui, s'agit-il d'un complot? Non, dans ces deux cas, il s'agit d'un appropriation afin de combler un vide identitaire Canadian. Trop associé à l'empire Britannique, le gouvernement Canadian s'est emparé de composantes locales pour façonner son identité. C'est ce que nous appelons le «nation building», mais ça, c'est une autre histoire.


Le symbole identitaire

S'agit-il un complot que de refuser de se complaire d'un symbole identitaire dissout dans l'américanité? Les révolutionnaires des années 60 s'y sont refusé. Du moins, ils ont su faire jaillir une culture compensatoire toute aussi puissante pour rivaliser avec la machine culturelle américaine. Les Nordiques ont été une sorte de riposte: présentation en français, hymne national uniquement en français, fleur de lys, etc. Saluons donc leur retour hypothétique.

M. Bourget cite le texte célèbre de Pierre-Elliot Trudeau La nouvelle trahison des clercs afin de juger «le nationalisme ethnique qu'il considérait comme trop émotif, aveuglant, ne laissant aucune place à la raison». Je répond par la propre réplique de Hubert Aquin à Trudeau avec «La fatigue culturelle du Canada français» : «Les peuples sont ontologiquement indéterminés, et cette indétermination est le fondement même de leur liberté. L’histoire à venir d’un groupe humain n’est pas fatale, elle est imprévisible. « Un homme se définit par son projet », a dit Jean-Paul Sartre. Un peuple aussi.» Quel projet désirez-vous, M. Bourget?


Le projet Canadian

À propos des visées du fédéral et de son «nation-building», Hubert Aquin disait: «Seule l’abolition de la culture canadienne-française peut causer l’euphorie fonctionnelle au sein de la Confédération et permettre à celle-ci de se développer « normalement » comme un pouvoir central au-dessus de dix provinces administratives et non plus de deux cultures globalisantes. Cette abolition peut s’accomplir de bien des façons qui ne sont pas sans tolérer la survivance de certains stéréotypes culturels canadiens-français

«Le Canada français est en état de fatigue culturelle et, parce qu’il est invariablement fatigué, il devient fatigant. C’est un cercle vicieux. Il serait, sans aucun doute, beaucoup plus reposant de cesser d’exister en tant que culture spécifique [...].» Étant donné cette considération dangereusement d'actualité, il n'est pas étonnant que certains aient parlé de courage à propos de la réaction improvisée de Pierre Curzi. La promotion des valeurs nationales frôlent parfois l'émasculation. Pas étonnant, que de l'autre côté de la clôture, on se fout bien de la gueule à Marois et Curzi.


Des revendications trop «ethnicisantes»?

Les Québécois sont-ils «ethniques»? Par paresse intellectuelle, je laisse Aquin répondre : «II n’y a plus d’ethnies, ou alors fort peu. Les déplacements de population, l’immigration, les assimilations (que Jacques Henripin qualifie justement de « transferts linguistiques ») ont produit une interpénétration des ethnies dont un des résultats incontestables, au Canada français par exemple, est le regroupement non plus selon le principe de l’origine ethnique (la race, comme on disait encore il y a vingt-cinq ans) mais selon l’appartenance à un groupe culturel homogène dont la seule spécificité vérifiable se trouve au niveau linguistique. II suffit de regarder autour de soi, parmi les gens qu’on connaît, pour dénombrer rapidement le nombre de Canadiens français pure laine : ils ne sont pas les seuls « vrais » Canadiens français ! Les Mackay, les Johnson, les Elliott, les Aquin, les Molinari, les O’Harley, les Spénart, les Esposito, les Globenski, etc., en disent long sur l’ethnie-nation canadienne-française. Les « transferts linguistiques », dont parle Henripin, se sont accomplis à notre profit comme à nos dépens, si bien que le noyau de colons immigrés qui a fait la survivance se trouve mêlé désormais, sur le plan ethnique, à tous les apports que l’immigration ou les hasards de l’amour ont donnés à notre pureté ethnique nationale. De fait, il n’y a plus de nation canadienne-française mais un groupe culturel-linguistique homogène par la langue.»


Conclusion: Décloisonnons-nous et revendiquons une juste place aux joueurs Québécois

Bref, rien ne dit qu'il y a complot. Pour qu'il y en ait un, il faudrait que la collusion d'affaire entre le milieu politique et le milieu économique puisse influencer sur la valeur symbolique de cette équipe de hockey. Mais s'il y a un crime à dénoncer, c'est bien celui de la complaisance. La dérive de certains possédants au nom de l'hégémonie d'une culture sportive américaine provoque la dissolution d'un héritage identitaire qui est venu à nous par l'épreuve de l'histoire. Pour en connaître davantage sur le sujet, je vous invite à lire la chronique de Réjean Tremblay qu'il a écrit après l'acquisition du CH par les frères Molson.

Et je laisse une dernière fois la parole à Aquin en guise de conclusion: «Mais pourquoi faut-il que les Canadiens français soient meilleurs ? Pourquoi doivent-ils « percer » pour justifier leur existence ? Cette exhortation à la supériorité individuelle est présentée comme un défi inévitable qu’il faut relever. Mais ne l’oublions pas, le culte du défi ne se conçoit pas sinon en fonction d’un obstacle, d’un handicap initial, et peut se ramener, en dernière analyse, à une épreuve de force à laquelle est soumis chaque individu. L’exploit seul nous valorise et, selon cette exigence précise, il faut convenir que Maurice Richard a mieux réussi que nos politiciens fédéraux. Nous avons l’esprit sportif sur le plan national et comme nous rêvons de fabriquer des héros plutôt qu’un État, nous nous efforçons de gagner individuellement des luttes collectives. Si le défi individuel que chaque Canadien français tente en vain de relever dépend de la position du groupe canadien-français considéré comme totalité, pourquoi faut-il relever ce défi collectif comme s’il était individuel ? Ne serait-il pas plus logique de répondre collectivement à une compétition collective et de conjurer globalement une menace globale, inhérente à la situation du Canada français par rapport à son partenaire fédéral anglophone ?»

PS: À moins que vous ne vous soyez soustrait à tout questionnement sur la situation actuelle de cette équipe gérée par l'omertà de l'organisation du club Canadiens, je vous invite à lire le livre de Bob Sirois «Le Québec mis en échec». Selon l'auteur, la discrimination des Québécois ou des francophones dans la LNH n'est pas qu'un phénomène local.




jeudi 26 août 2010

Résumé de la Commission Bastarache


Un ancien libéral revient sur son passage en politique dans un gouvernement libéral, accusant au passage le Premier Ministre actuel et d'alors de trafic d'influence avec des collecteurs de fonds libéraux, tout cela dans une commission d'enquête conduite par un juge libéral, des procureurs libéraux et des avocats libéraux.

Les ramifications de cet ancien libéral remontant à une intervention politique dans des jugements criminels lors de l'opération Sharqc et au scandale des commandites. Faut-il s'en étonner? Faut-il s'arracher les cheveux de la tête? Ou faut-il comprendre que l'histoire ne fait que se répéter et que les loups se mangent entre eux quand ils n'ont rien d'autre à se mettre sous la dent?

(image : Jean Faucher)

lundi 23 août 2010

Sordide expérience de l'anodin


Je ne m'attendais vraiment à rien avant d'aller voir la pièce Nous sommes faits (comme des rats) de la troupe les Biches Pensives. L'expérience se révéla surprenante et amusante.

Nous sommes faits, comme dans «nous sommes des faits» c'est à dire des éléments d'expression sociale. Des faits divers toutefois inclassables dans les médias d'information. Le feuillet de présentation remis aux spectateurs évoque justement un tabloïd populaire. Le site de nouvelles de Quebecor media comporte justement les archives des faits divers des dernières années. On y retrouve par ailleurs les cinq nouvelles qui ont inspiré les auteurs (Justin Laramée, Gilles Poulin-Denis, Jean-Philippe Lehoux, Catherine Dorion, Rébéca Déraspe) impliqués dans la rédaction des cinq actes de la pièce. Une telle mise en situation ne pouvait qu'inspirer des histoires sordides et c'est bien l'angle par lequel les interprétations scéniques rendent ces faits divers. Tous ont en commun de présenter un univers naïf et autistique qui se consume lorsque survient l'incident qui les révèlent dans les manchettes. Les personnages mis en scènes sont des âmes sensibles confrontées à un monde complexe les isolant et les emportant même parfois dans cette folie apparente.

Tout d'abord, il y a cette femme nous racontant sa chute du troisième étage de son logement. Puis, il y a cet homme inspiré par son horoscope prometteur poursuivant les signes de sa chance aux Galeries d'Anjou. Ensuite, un homme largué par sa copine et surtout par les Canadien de Montréal vaincus en deuxième ronde des séries contre le Lightning de Tempa Bay en 2004 (douloureuse défaite racontée sur le même ton par Mathieu Simard dans son roman Ça sent la coupe) parcourant depuis Val-d'or un périple en camionnette vers le Centre Bell afin d'éveiller brutalement ses héros endormis dans leurs lauriers. L'histoire suivante concerne un homme trompé par un pourriel et condamné à rembourser la Banque Nationale avec laquelle il a transigé (c'est la seule nouvelle qui a connu un rebondissement. L'homme en question dirige une entreprise «off shore» qui aide des entreprises et des particuliers à faire des placements dans des paradis fiscaux. Il a toutefois eu gain de cause en cour et n'aura pas à rembourser la banque. Comme quoi l'économie néo-libérale continue à faire des heureux.) Enfin, une jeune femme de Saguenay se confie à un être disparu au cimetière avant de tenter de le libérer du sol.

Chacune des histoire est drôle et stimulante, mis à part peut-être la dernière qui détonne par son traitement introspectif. Le décor minimal faits de blocs blancs et d'un grand écran lumineux projettant la lumière blanche de la vérité se compose selon l'humeur du moment et encourage une mobilité de l'espace qui profite aux acteurs (Annie Darisse, Sébastien Leblanc, Dominique Leclerc, Hubert Lemire et Sébastien René) autrement prisonnier du vide de la scène. Saluons donc la chorégraphie originale de Caroline Laurin-Beaucage qui accompagne le monologue de chacun des personnages sans oublier le travail de mise en scène d'Alexia Bürger qui est parvenue malgré tout à assembler ces différentes histoires de manière équitable.

Nous sommes faits (comme des rats) est présenté au Café-Bar de la Cinémathèque québécoise les 19-20-24-25-26-27-31 août ainsi que les 1-2-3-7-8-9-10 septembre 2010.

(article rédigé pour Montrealexpress.ca disponible à l'adresse suivante : http://www.montrealexpress.ca/Culture/Collaborateurs-citoyens-dun-soir/2010-08-23/article-1692211/Sordide-experience-de-lanodin/1)

vendredi 4 juin 2010

La loi 103 et le droit de dissidence

Ainsi, le gouvernement du Parti Libéral du Québec a déposé le projet de loi 103 afin d'officialiser un droit de dissidence monnayable à la loi 101. La loi 101, faut-il le rappeler accordait le privilège à l'État du Québec d'intégrer exclusivement les francophones et les immigrants au système publique francophone tout en concédant à la minorité historique anglophone le droit de conserver son propre réseau d'enseignement. Lors de son dépôt en 1977, René Lévesque a lutté, au sein même de son cabinet, pour préserver ces droits afin de ne pas faire subir aux anglophones ce que les francophones ont subit hors de nos frontières nationales.

Maintenant, certains esprits tordus croient qu'il serait juste et normal de permettre à toute la population d'accéder à ce droit historique des anglophones. Je me demande : à quelle fin? Serait-ce au nom de ce droit de dissidence que s'accorde Lal Khan malik, président de la communauté musulmane ahmadiyya du Canada, rapporté par Le Devoir le 29 mai dernier? Quand cesserons-nous de nous culpabiliser de vouloir être un peuple normal qui veut intégrer ses concitoyens avec dignité comme le font les autres peuples du monde, soit par l'enseignement et la culture? Si certains veulent tant envoyer leurs enfants à l'école anglophone, il existe des provinces voisines et même des États américains voisins où ils peuvent le faire. Après tout, le voyage forme la jeunesse.

Au fond, pour préserver le droit exclusif de l'État québécois d'octroyer un enseignement dans sa langue officielle il n'y a que deux solutions. Employer la clause dérogatoire prévue dans la constitution canadienne qui nous a été imposée, ce qui serait un moindre mal à l'adaptation de cette constitution à notre mesure, compte tenu que tous les fédéralistes persistent à dire que «le fruit n'est pas mûr». Sinon, l'indépendance nationale pour nous libérer définitivement de cette constitution.

mercredi 26 mai 2010

Pourquoi «La maudite machine»?

On m'a demandé pourquoi avoir intitulé ce blogue «La maudite machine». La réponse est toute simple, elle est inspirée d'une chanson du groupe Octobre. À ce propos, le site Québec Info Musique (www.qim.com) indique que :

Cette cellule rock dont le nom même se voulait provocateur, dans le contexte social et politique de l’époque, n’en connut pas moins un départ fulgurant avec la chanson "La maudite machine" qui fut un des premiers hymnes de la jeunesse québécoise contestatrice. Après plus d’un quart de siècle, le propos de ce cri contre-culturel est toujours très actuel. Par dessus tout, Octobre est devenu très rapidement un symbole dans le nouvel univers musical de la décennie soixante-dix. Il incarne un rock en rouge et noir: rouge comme la soif de vivre et noir comme la musique soul. (source : http://www.qim.com/artistes/biographie.asp?artistid=202)

En espérant que cela a pu résoudre certaines interrogations...




J'en profite pour vous remercier des appuis spontanés qui ont été lancé à l'égard de mes billets précédents. J'interviendrai davantage dans les semaines qui suivent. L'actualité est une source inépuisable d'inspiration, mais comme j'ai pour adage que l'opinion tue l'information, je réfléchis à trouver quelque chose de pertinent à écrire lorsque j'aurai le temps de le faire.

lundi 12 avril 2010

Paul Piché, l'artiste muri d'espoir


«J'attends le jour où le Québec sera un pays. Je l'attends comme on attends le printemps,» a déclaré l'auteur d'«Heureux d'un printemps» avant d'entamer son célèbre hymne à l'espoir. Car de l'espoir, le militant indépendantiste en était rempli en cette soirée du 9 avril dernier à la salle Wilfrid-Pelletier de la Place des Arts. L'auteur-compositeur était accompagné du bassiste Mario Légaré, du batteur Pierre Hébert, du claviériste Jean-Sébastien Fournier, du guitariste Rick Hayworth et de son fils Léo aux accompagnements de percussion et de guitare.


Dix ans après l'album «Le Voyage», l'artiste a bien muri. Il nourri son oeuvre de chansons accomplies qui témoignent d'une longue digestion des années ingrates (fin 80-début 90). Pour bien se comprendre, disons simplement qu'ils sont nombreux ceux qui n'ont jamais pardonné à Piché d'avoir rasé sa barbe. Mais ceux là font parti d'un public distinct car il y a bien deux Paul Piché : celui qui, avec sa barbe et sa guitare accoustique a inspiré nos chansons de feu de camp et celui qu'on entend à Rock-Détente avec figure bien rasée et beaucoup de synthétiseur. Chacun d'eux a son public et le spectacle n'en a laissé aucun en reste. On a eu droit à «Je lègue à la mer», «Un château de sable» et bien sûr «Sur ma peau», des airs que les nombreuses têtes blanches dans la salle ont chanté debout en tappant des mains pour battre la cadence. Heureusement, il y avait aussi «Mon Joe», «L'escalier», «Y a pas grand chose dans le ciel à soir» et bien sûr «Heureux d'un printemps».


Je dis bien «heureusement» car je suis demeuré marqué (voire traumatisé) par le passage de Paul Piché en 1995 (ou peut-être même 1996) à l'émission Chabada animée par Gregory Charles. Devant un feu de camp improvisé, le chansonnier était invité à chanter ses vieux airs avec sa guitare. Bafouillant les couplets, il avait dû concéder l'oubli de ses chansons célèbres. Or, ce soir là à la salle Wilfrid-Pelletier, le troubadour a chassé ce mauvais souvenir en se présentant seul sur la scène au retour de l'entracte. S'asseoyant sur un tabouret avec sa guitare, il était heureux «de pouvoir jouer pour une fois du Paul Piché», a-t-il déclaré avec humour en ajoutant que, contrairement à lui, on avait eu le loisir de faire la même chose autour d'un feu de camp. Je me suis alors réconcillié avec le passé.


La voix de l'artiste demeure sa force première. Elle a accompagné la poésie allumée du nouvel opus «Sur ce côté de la terre» dont il a disséminé les compositions dans la soirée. «Je pense à toi», «Arrêtez» étaient tout à fait appréciables. Il y avait aussi «Jean Riant» que Piché a présenté comme l'histoire d'un menteur. «Jean Charest!» s'est écrié un spectateur dans la salle. On l'a tous bien rit. Surtout, peut-être, l'ex-député et vice-président du Parti Québécois Daniel Turp assis près de moi. On souhaite à ce dernier d'être possédé de la même sérénité qui a animé le coeur de Paul Piché ce soir-là. Guidé par l'espoir de jours heureux, Paul Piché n'en démord pas. Ce projet de société qu'il caresse, il le portera tout au long de cette tournée qu'il amorce... jusqu'à la prochaine fois.


(article rédigé pour Montrealexpress.ca disponible à l'adresse suivante : http://www.montrealexpress.ca/article-447803-Paul-Piche-lartiste-muri-despoir.html)

mardi 6 avril 2010

La Fin


La fin du siècle dernier correspondait à la fin d’un millénaire. Les millénaristes orthodoxes en ont appelé au jugement dernier tel qu’il y a mille ans auparavant. La fin apparaît aussi dans l’hégémonie fracturée des idéologies triomphantes. Si le capitalisme s’impose de plus en plus comme doctrine socio-économique, les principes individualistes qu’il véhicule sont proprement postmodernes. Nous sommes épris collectivement et individuellement de l’obsession de la finitude. Une obsession constamment réactualisée tout au long de l’histoire humaine qui s’est définit entre deux certitudes: notre naissance et notre mort éventuelle.


Le texte signé par Alexis Martin et mis en scène par Daniel Brière élabore différents tableaux où les acteurs de la distribution multiplient les incarnations pour contextualiser le concept de la finalité. Un journaliste radiophonique (Daniel Brière) conteste le virage populiste de sa station. Il quitte son poste avec fracas sous les cris de son patron (Michel charrette), qui prendra la nouvelle comme une rupture, pour devenir journaliste scientifique, dernier bastion d’une rigueur que le métier se doit d’incarner. Ce faisant, il quitte son amante (Sharon Ibgui) qui se plaint de l’insensibilité de leurs ébats et dont les réflexions sur la confusion sexuée inspirera un incontournable dialogue philosophique avec un ami Alexis Martin (un rôle récurrent mais toujours rafraîchissant). Ce dernier donnera un exposé sur la cosmogonie selon le philosophe grec Empédocle selon qui la matière forme un tout uni par l’amour et dissout par la haine. Nous assistons aussi à deux scénaristes (Michel Charrette et Sharon Ibgui) pressés par une productrice de cinéma (Marie Brassard) qui cherche à faire le film catastrophe de l’été. Il y a aussi une discussion de taverne où Daniel Brière parle d’un pilote de brousse qui chasse l’angoisse de l’écrasement de son avion en se prétendant prématurément mort. Brière revient sous la forme d’un personnage aux allures du patriote d’Henri Julien, présenté par Marie Brassard comme le visage archaïque du Québécois. Le vestige d’une identité nationale.


Tout au long de la pièce, une boue tombe et se répand sur une grande table ronde au centre de la scène. Cette «Schnoute» ainsi décrite dans le programme de la pièce est présentée comme une recette originale préparée pour l’occasion (la recette y est même indiquée!). Cette matière informe, métaphore du monde en éclatement, est emblématique de sa décomposition. Un monde en vue d’être transformé car la finalité des choses s’inscrit dans une dynamique de renouvellement perpétuel.


La mise en scène est dynamique et stimulante. Son traitement tangue entre le discours intellectualiste et le traitement dérisoire. Un habile dosage qui permet au spectateur de ne pas succomber lui-même à l’angoisse de la fin. Il serait même plutôt tenté d’en redemander.


«La Fin» est présentée à l’Espace Libre jusqu’au 24 avril.


(texte rédigé pour le site Montrealexpress.ca disponible à l'adresse suivante : http://www.montrealexpress.ca/article-446199-La-Fin.html)