lundi 10 octobre 2022

Film Black de Montréal : Un festival en pleine maturité

 Article rédigé pour l'aut'journal et accessible à cette adresse: https://lautjournal.info/20220920/film-black-de-montreal-un-festival-en-pleine-maturite

L'été tire à sa fin, mais la saison des festivals continue de faire vibrer la ville de Montréal toute l'année et de faire mentir les rabat-joies qui ne reconnaissent pas la vitalité de la métropole francophone. C'est effectivement au nom de ce caractère festif de la ville que la coordonnatrice en chef du Festival international du film Black de Montréal (FIFBM), Andrea Este, s'enthousiasme pour la tenue de la 18e édition de l'évènement. L'aut'journal s'est entretenu avec elle.

Cette année, le FIFBM présente une sélection de 95 films qui paraitront tant dans les différentes salles montréalaises de l'Impérial, du Beaubien, du Quartier latin, de la Cinémathèque québécoise, du Cinéma du Musée et du Cinéma du Parc que dans une offre en ligne.

En effet, l'offre en ligne est un héritage du Grand Confinement qui a vu les salles de spectacle fermées pour des raisons sanitaires. Comme plusieurs autres l'ont fait, les organisateurs du festival se sont tournés vers ce type de présentation. Aujourd'hui, Andrea Este y voit une façon d'atteindre un nouveau public.

Comme film d'ouverture se tiendra au Cinéma l'Impérial la présentation du documentaire Lovely Jackson, de Matt Waldeck racontant l'histoire de Rickey Jackson, condamné injustement à la chaise électrique en 1976 avant d'être libéré en 2014. Madame Este évoque un film qui s'amorce dans le désespoir, mais se conclut de façon lumineuse.

Le film de clôture est une fiction française intitulée Tropique de la violence, de Manuel Schapira. Son synopsis évoque le récit initiatique et mouvementé d'un enfant forcé à vivre en marge de la société à Mayotte, une île française située près de l'île de la Réunion.

En plus, la programmation prévoit des présentations spéciales avec invités et discussions ouvertes, comme Kaepernick and America, de Tommy Walker et Ross Hockrow, un documentaire qui revient sur l'agenouillement symbolique de Colin Kaepernick en 2016. Seront présents pour l'occasion des athlètes québécois qui partageront l'influence de ce geste sur leur carrière et le rôle qu'ils ont à jouer comme figure publique au sein de leur communauté.

Dans le cadre de la présentation du documentaire A Star without a star (Juanita), de Kirk E. Kelleykahn, qui revient sur le parcours de la comédienne Juanita Moore, pour qui aucune étoile n'a été créée au fameux Walk of Fame d'Hollywood alors qu'elle avait été mise en nomination aux Oscar en 1959 et qu'elle s'inscrivait dans la continuité du parcours de Hattie McDaniel, récipiendaire d'un Oscar pour son rôle dans Gone with the wind (1939). Des membres de l'entourage de Juanita Moore devraient être présents au cours de la représentation du film qui aura lieu au Cinéma du Musée.

Ce désir d'étendre la portée du festival va au-delà du circuit traditionnel des grandes salles. Il profite également de celui des institutions communautaires comme la Maison de la Culture Côte-des-Neiges, où sera diffusé le documentaire Dear Jackie, du réalisateur Henri Pardo, portant sur la communauté noire de la Petite-Bourgogne dans le sud-ouest de Montréal sous la forme d'un message envoyé à Jackie Robinson, premier homme noir à intégrer le circuit professionnel du baseball américain.

Le FIFBM sera également présent à la maison d'Haïti et à la Maison culturelle et communautaire de Montréal-Nord avec une programmation spéciale de courts-métrages, dont certains sont adaptés à un plus jeune public.
 

Un festival en mission

Lorsqu'elle est interrogée sur les critères de sélection des films à présenter, Andrea Este évoque bien sûr des critères esthétiques, mais aussi la présence de personnes noires devant ou derrière la caméra. Elle rappelle que Fabienne Colas, avec sa fondation éponyme, a mis sur pied en 2005 ce festival en réaction à leur faible présence dans le milieu cinématographique. Par ailleurs, cette année, la fondation Fabienne Colas lance le projet de l'Institut Festwave qui permettra de favoriser l'émergence d'une prochaine génération de créateurs.

Madame Este rappelle que le FIFBM est une occasion en or pour les gens du milieu de se rencontrer et de fraterniser. Son existence dépasse les frontières du Québec et existe dans cinq autres villes canadiennes. Il vise aussi à s'exporter et à reproduire l'expérience faite en 2018 à Salvador au Brésil.

Tout comme au départ le festival restreignait sa portée aux artisans haïtiens avant de s'ouvrir internationalement, aujourd'hui, il élargit son influence à d'autres formes d'art. Et ce n'est qu'un commencement, promet Andrea Este. En effet, le FIFBM inaugure cette année un Pop-up Market qui se tiendra à la Cinémathèque québécoise où des artistes, des créateurs de la diaspora noire exposeront leurs œuvres et leurs produits.

Soulignons finalement qu'à 18 ans, le festival a atteint sa pleine maturité. Il jouit d'une réputation grandissante et se languit de toucher un public de plus en plus varié, mais aussi de voyager et de nous faire voyager.

Le Festival du film Black de Montréal
du 20 au 25 septembre 2022
https://montrealblackfilm.com/

KJT, un athlète du rap

 Article rédigé pour l'aut'journal et accessible à cette adresse: https://lautjournal.info/20220608/kjt-un-athlete-du-rap

Ce printemps, la deuxième saison de la compétition de rap La Fin des faibles a été diffusée sur les ondes de Télé-Québec. Le gagnant de la compétition de cette année, Emmanuel Cormier Cotnoir alias KJT, s'est confié à L'aut'journal à propos de son parcours, de sa participation à La Fin des faibles et de la vitalité de la scène rap au Québec.

Son intérêt pour ce qu'on appelle le rap québ s'est développé dès l'école secondaire dans la région de Québec. Sa sensibilité pour ce milieu vivant et diversifié l'a amené à animer pendant 10 ans l'émission radiophonique Les Arshitechs du son, une émission consacrée au hip-hop sur les ondes de CHYZ, la station radio de l'Université Laval.

En plus de cela, il anime et participe à des soirées à micro ouvert ou d'improvisation musicale, ce qui constitue pour lui une salle d'entrainement. C'est son gym, nous dit-il. L'image n'est pas anodine. KJT est un artiste investi dans son art qui est dans une recherche constante de perfectionnement.

En effet, depuis 2008, il se manifeste sur différentes scènes, que ce soit du slam, un art poétique de compétition oratoire régi par des règles strictes, ou du rap dans ses différentes manifestations.

Il évoque entre autres une communauté dynamique et stimulante sur Internet permettant de confronter son propre matériel au jugement d'autrui, une activité qui exige d'avoir des reins solides. C'est que, comme partout ailleurs, sur Internet, la critique est facile et met à l'épreuve les égos les plus endurcis.
 

La Fin des faibles

La compétition internationale MC Challenge End of the Weak, que Télé-Québec, avec la participation d'Urbania, diffuse à la télévision (le Québec est le seul endroit où c'est le cas) pour une deuxième année, constitue ni plus ni moins que les olympiades de la scène rap québécoise.

Son existence précède sa diffusion sur les ondes publiques québécoises étant donné qu'elle s'inscrit dans un tournoi mondial créé en l'an 2000, qui rejoint 25 pays sur les cinq continents. Les défis qu'il faut relever incluent des épreuves d'improvisation et de groupe, des prestations individuelles et a capella. Le gagnant du tournoi québécois est appelé à représenter la nation lors de la finale mondiale tenue à New York, la Mecque du rap.

Comme tout athlète, KJT s'est entrainé sans demi-mesures, autant sur les scènes qu'à la maison en improvisant au moyen de mots imposés et d'autres stratégies de création. À ce sujet, il faut souligner qu'il propose des ateliers d'écriture dans les écoles pour aider à construire sa pensée et son discours. C'est une façon de mettre en pratique le résultat de sa propre expérience et de la transmettre aux autres.

Étant donné que le tournage a eu lieu après les Fêtes, en pleine 5e vague de la pandémie de Covid-19, des imprévus sont venus perturber les attentes des huit participants. En effet, ceux-ci devaient satisfaire les attentes des juges Koriass, Sarahmée et Souldia, mais le virus s'étant invité chez ce dernier, Manu Militari a été invité à le remplacer à pied levé alors qu'il était présent sur le plateau pour une prestation musicale.

De plus, ce début d'année s'est montré cruel envers la famille de Sarahmée alors que son frère Karim Ouellet est subitement décédé. Son absence momentanée pendant la compétition a permis à Marieme de se prêter au jeu. Et KJT ne pouvait qu'approuver notre commentaire selon lequel l'expérience de cette dernière dans le milieu rap mérite d'être soulignée.

Nous avons posé la question qui tue : et maintenant, New York ? KJT anticipe sa présence sur la scène de la finale internationale de cette compétition sans trop d'appréhension étant donné qu'aucune date n'a été annoncée pour la tenue de l'événement. Il a révélé également que JAM, le vainqueur de la première saison, l'accompagnerait comme coreprésentant québécois.

Contrairement à ce qu'on peut croire, nul besoin d'angliciser son art outre mesure pour la cause. KJT, qui s'intéressait à cette compétition au point d'avoir assisté à une édition antérieure en Suède, évoque la présence de juges sélectionnés en fonction des participants, ce qui implique une sensibilité à l'égard des langues de chacun.
 

L'effervescence du rap québécois

Avec KJT, nous avons constaté que la scène rap québécoise semble en plein éveil actuel, mais qu'en réalité, elle est bien présente depuis bientôt 30 ans. En effet, après Sans pression, Yvon Krevé, Dubmatique et Muzion qui sont parvenus à se faire entendre sur les ondes commerciales s'en est suivi un long passage à l'ombre.

KJT évoque l'impact de l'opération Scorpion à Québec en 2002, qui visait à démanteler un réseau de prostitution juvénile, mais donc les contrecoups ont été de pratiquement mettre à l'index ce qui était de «culture noire». L'organisation de spectacles ou de toute activité liée au hip-hop était devenue tout à coup ardue, comme si une chape de plomb s'était abattue sur toute initiative allant en ce sens.

Par contre, avec la révolution de l'industrie musicale causée par les innovations technologiques, les artistes ont fondé un écosystème parallèle, nous explique KJT. Une forme d'autosuffisance en a découlé, permettant une liberté d'action et de création.

À ce sujet, nous l'avons interrogé sur la parution de son premier album. Celui-ci s'intitulera Lettres de noblesse, car il voit cela comme un jalon dans son parcours créateur. Après sa victoire à La Fin des faibles, où il a reçu une récompense pour les efforts investis, mais aussi un coup de pouce pour sa renommée d'artiste.

Ce sera un album conçu comme un défi face à soi-même, puisqu'il entend le relever seul, sans aucun artiste invité, ce qui est de coutume dans ce milieu, car il entend donner à ce projet une signature qui lui est propre.

Ses lettres de noblesse, on pourrait déjà les attribuer à ce poète moderne. Les trompettes de l'apocalypse annonçant un sombre avenir pour le français au Québec ne sonnent pas pour ceux qui le cultivent et l'enrichissent perpétuellement.
 

Enfreindre un tabou: manger des chips au théâtre

 Article rédigé pour l'aut'journal et accessible à cette adresse: https://lautjournal.info/20220218/enfreindre-le-tabou-manger-des-chips-au-theatre

Bien que les scènes de théâtre aient repris leurs activités, faisons un pas en arrière pour revenir sur l'essor des captations vidéo de représentations théâtrales. Les nostalgiques des Beaux Dimanches savent que ce n'est pas d'hier qu'on immortalise des prestations scéniques.

À moins de fouiller les archives des diffuseurs publics pour revivre l'époque des téléthéâtres, on peut mettre la main sur de grandes productions sur les plateformes de diffusion gratuite comme Vimeo, Dailymotion ou YouTube.

L'Angleterre et la France en ont diffusé beaucoup. Ici, c'est une autre histoire. L'offre récente en balado de Radio-Canada et les quelques initiatives de Télé-Québec, bien que salutaires, sont révélatrices de leur contribution anémique sur ce plan.

Ce qu'il y avait de nouveau avec la tempête provoquée par le Grand Confinement, c'est que le milieu des arts de la scène jouait sa survie. Cela a mené à une multiplication des initiatives pour demeurer actif malgré tout.

Certains théâtres se sont adaptés aux contraintes sanitaires pour diffuser des œuvres à travers des plateformes numériques. Plusieurs théâtres ont opté pour le mode hybride avant la fermeture des salles de spectacle pendant les Fêtes, c'est-à-dire avec un public en salle et un autre derrière son écran.

Nonobstant l'expérience indéniable en salle, il y a toute une gamme de motifs qui justifient le choix du numérique, comme les contraintes familiales, professionnelles ou géographiques. Et on va se l'avouer, il y a aussi des avantages à profiter de ce mode de diffusion, comme manger des chips, bien entendu !

Un autre volet qui mérite d'être exploité, c'est celui de la production en vidéo sur demande (VSD). À la différence d'une diffusion en direct, ici, la présentation est en mode différé. On y perd la fragilité et l'unicité d'une expérience vivante, mais on y gagne en raffinement. Aussi, on peut arrêter la diffusion quand ça nous plait et recommencer (ou pas) à notre guise.

Pensez à la pièce Les Hardings d'Alexia Bürger portant sur la tragédie ferroviaire à Lac-Mégantic en 2013. Elle est toujours disponible sur le site de Télé-Québec. Ce qui la différencie d'une captation passive d'une scène, c'est le travail du réalisateur François Blouin qui tire profit des avantages que lui confère le média télévisuel. Le décor reste classique, mais il s'y ajoute un jeu de focalisation avec la caméra et des éléments ajoutés en postproduction qui dynamisent le tout.

Actuellement chez Duceppe, il est possible de voir Manuel de la vie sauvage de Jean-Philippe Baril-Guérard, mis en scène par Jean-Simon Traversy et réalisé par Anne Émond à qui l'on doit les films Nuit #1, Nelly et Jeune Juliette. Cette pièce inspirée du roman du même nom, publié en 2018, nous plonge dans l'univers cynique de son auteur. Dans Royal, son précédent livre, il exploitait l'univers impitoyable de la course aux stages auprès des prestigieux cabinets d'avocats par les étudiants en droit. Ici, avec Manuel de la vie sauvage, on est dans le domaine des gazelles, ces entreprises en démarrage. On y constate, à travers une série de leçons, qu'il faut savoir monnayer toute morale et loyauté pour réussir dans ce monde.

Sinon, il est possible de voir L'amour est un dumpling de Nathalie Doummar et Mathieu Quesnel, mis en scène par ce dernier et réalisé par Stéphane Lapointe, qui a entre autres réalisé la série Tour sur moi. Cette comédie romantique raconte les retrouvailles d'un duo d'artistes folk rock qui étaient amants dans une autre vie. Bien sûr, les tensions des anciennes passions amoureuses sont au rendez-vous dans cet échange entre anciens complices qui se déroule dans un restaurant asiatique où la propriétaire des lieux apporte son grain de sel.

C'était un choix adéquat pour la Saint-Valentin, mais peut l’être aussi dans tout autre contexte. Ça peut même être une expérience originale pour passer une soirée en bonne compagnie sans être gêné de plonger la main dans le tabou de manger des chips au théâtre.

Seul, ensemble

 Article rédigé pour l'aut'journal et accessible à cette adresse: https://lautjournal.info/20210119/seul-ensemble

Seul, ensemble
Plus on est loin, plus on se ressemble
Comme c'est beau
De tout laisser vivre sans dire un mot

             («Le corridor», L'Heptade, Harmonium)

Cette expression (avec ses variantes comme «isolé, mais ensemble »), les publicitaires en ont abusé au cours du confinement du printemps 2020 pour évoquer la situation hyper connectée dans laquelle on s'est retrouvé et dans laquelle certains d'entre nous vivons encore à ce jour.

Cela rappelle que Serge Fiori l'avait employée, comme l'avait souligné le cirque Éloize en nommant son spectacle hommage à Harmonium de ce titre inspiré d'une pièce de L'Heptade.

On se tourne tout naturellement vers l'art pour trouver de la beauté dans cette situation contraignante tout en tenant compte de la frustration des artistes de la scène qui aimeraient jouir des mêmes privilèges que les centres d'achat.

Cela a fait en sorte que Radio-Canada a renoué avec le théâtre radiophonique avec sa série Au balcon d'ICI Première, accessible sur son site internet et l'application Ohdio. Il s'y trouve des pièces marquantes, voire incontournables, comme Tu te souviendras de moi de François Archambault, J'accuse d'Annick Lefebvre et Héritage de Lorraine Hansberry.

Par ailleurs, soulignons que la Scène nationale du son en collaboration avec la Fabrique culturelle de Télé-Québec rend disponible d'autres lectures théâtrales comme Pour réussir un poulet de Fabien Cloutier. L'essai radiophonique Pour en finir avec Octobre? de Sébastien Ricard s'y trouve également.

Est-ce à dire que le théâtre vivant est… mort ? Non, bien sûr. Le génie créateur persiste à se manifester grâce à la débrouillardise des artisans. Le Théâtre du Nouveau Monde n'a pas renoncé à sa saison théâtrale et l'a plutôt adapté au contexte actuel avec des présentations vidéo en direct. Et l'espace Yoop a récemment présenté Un de Mani Soleymanlou. Mais pour les plus petites compagnies de théâtre, le défi technique est plus grand.

Le théâtre Harpagon n'est pas resté en peine en présentant Virus et Versa, une série de sketchs créés et mis en scène par Claude Paiement et interprétés par Frédéric Desager et Sylvain Marcel.

La pièce s'inspire de la réalité du télétravail et du caractère anxiogène d'une vie sociale organisée devant un écran. On voit les deux protagonistes comme si on participait à une réunion sur Zoom ou Teams. Les sujets abordés sont basés sur des anecdotes propres à cette réalité ; elles sont parfois même survenues lors des rencontres préparatoires avec les artistes.

La forme courte (environ 30 minutes) est parfaitement adaptée aux plus distraits d'entre-nous qui sont incapables de recréer le caractère solennel d'une salle de spectacle et le fait que les nouveaux épisodes surviendront au cours des prochains vendredis fait en sorte de meubler nos débuts de fin de semaine avec humour.

Comme l'ont aussi dit trop souvent les publicitaires, « en cette période difficile », on prend tout ce qui est bon pour le moral. De l'humour et du théâtre, ça se prend volontiers.

 

Virus et Versa
Texte et mise en scène: Claude Paiement
Interprétation : Frédéric Desager et Sylvain Marcel
Une production du Théâtre Harpagon
Présenté les vendredis de 19h à 20h, du 15 janvier au 16 avril 2021
https://theatreharpagon.com/virusetversa/

 

Hommage mérité au père de l'humour moderne québécois

 Article rédigé pour l'aut'journal et disponible à cette adresse: https://lautjournal.info/20201029/hommage-merite-au-pere-de-lhumour-moderne-quebecois

J'aime rappeler cette histoire. Lors des élections fédérales de 2008, on dénonçait avec véhémence les coupes en culture projetées par le Parti conservateur. Partout les artistes parlaient de l'importance de la culture. Ce n'était pas un domaine à négliger; c'est une industrie importante, parce que florissante et lucrative.

Parmi l'harmonie de voix d'artistes qui plaidaient l'importance de la culture, l'une d'elles a proposé un éclairage différent. Il s'agissait de Fred Pellerin. La culture, disait-il, ne dépend du nombre de spectacles qu'on va voir ni de la quantité de disques qu'on achète. Ça relève de nos conversations et de notre imaginaire collectif. C'est, en somme, ce qui nous définit comme peuple.

Aujourd'hui, avec les secteurs du tourisme et de la restauration, le milieu culturel est en crise. Malgré les bonnes intentions et les mesures des instances gouvernementales, rien n'est comme avant. Des acteurs de l'industrie jouent leur survie et redoublent d'ingéniosité.

Pour certains artistes, leur art se passe dans la représentation. Malgré le génie des plateformes du web 2.0 permettant de se donner en spectacle, on n'y retrouve pas tout à fait l'effet de foule qu'on retrouve dans une salle de spectacle.

 

L'expérience Yoop

La fondation de l'espace Yoop par Benoît Fredette, avec le soutien des productions KOTV de Louis Morissette, a été motivée par ce désir de combler ce manque. À la différence de ce que propose les autres plateformes de diffusion, Yoop propose une salle de spectacle interactive.

Yoop est localisé à la Place des Arts, mais on y accède par les outils technologiques à notre disposition: téléphone, tablette ou ordinateur. Pour vivre l'expérience complète, il faut activer la caméra et le micro de votre appareil et s'attendre à entrer en relation avec l'artiste en prestation comme si on se situait aux premières loges.

Le spectacle d'humour organisé par (et pour) Yvon Deschamps à l'occasion de son 85e anniversaire au bénéfice de sa fondation venant en aide aux enfants du Centre-sud était l'occasion idéale de tester le produit. 18 000 spectateurs étaient au rendez-vous. Comment résister à la tentation de voir à nouveau le père de l'humour moderne, 52 ans après l'Ostidcho?

 

Yvon Deschamps remonte en scène

Qu'il est rafraichissant de voir Yvon Deschamps au meilleur de sa forme, et ce, avec de nouveaux numéros! Il a offert l'alpha et l'omega, soit un numéro orienté sur sa jeunesse et un autre sur sa vieillesse. D'une part, il a partagé un souvenir d'enfance concernant l'arrivée de la télévision à domicile, se moquant au passage de sa grand-mère qu'on l'observe depuis l'écran, mais - oh surprise - les craintes qui sévissaient auparavant s'avèrent aujourd'hui.

D'autre part, son commentaire sur la vieillesse consistait à une défense des vieux et de leur rapport à la mémoire. La gestion des souvenirs et de leur accumulation était au coeur de sa présentation. Les vieux, en somme, développent des moyens pour gérer la chronologie de leur histoire ou sélectionnent leurs souvenirs.

Ce qui est surtout remarquable, et on a pu le constater lorsqu'il a fait une tournée de promotion pour son spectacle, c'est qu'Yvon Deschamps suscite l'unanimité, surtout auprès des humoristes. Et son rire franc, complice et contagieux se reçoit comme une embrassade.

Il est fascinant de constater à quel point il fait le pont entre différentes générations d'humoristes redevables envers lui. Le spectacle en faisait état. La première, celle des sketchs composites, était présente dans des interventions préenregistrées de ses célèbres compagnons de route venus partager leurs voeux d'anniversaire, comme Gilles Vigneault saluant au passage son « jeune » ami et Michel Rivard qui tenait à souligner comment Deschamps nous a jadis appris la solidarité alors que, aujourd'hui, il nous apprend à bien vieillir.

C'était aussi ses filles et son épouse chantant, chacune à leur tour, le meilleur de ses chansons à la fin de la soirée. Un heureux rappel de son héritage comme chansonnier.

La prochaine génération, c'est celle de l'époque de Juste pour rire et des galas formatés. L'apothéose et la déchéance de cette époque pourrait très bien s'incarner dans l'émission Piment Fort diffusée à TVA, avec ses blagues crasseuses visant trop souvent en bas de la ceinture. C'est un peu ce que nous ont réservé Mario Jean, Pierre Hébert, Laurent Paquin et Martin Petit. Bien que chacun ait livré leur humour avec compétence et expérience, ce lien commun sautait aux yeux.

Enfin, force est d'admettre que les numéros de François Bellefeuille, Maude Landry et Rosalie Vaillancourt étaient particulièrement riches et réussis. Mention spéciale à Bellefeuille et à son récit de la visite du Centre d'interprétation de la courge, où, raconte-t-il, on répond à toutes les questions, sauf la plus importante: «qu'est-ce que je fais ici?» Ça ne s'invente pas: le hasard voulait que le lendemain, le Devoir consacrait un article sur cet attrait de Saint-Joseph-du-Lac.

L'humour québécois actuel semble s'ouvrir vers de nouveaux horizons tout en préservant son caractère distinct. Le talent ne manque pas et il se diversifie toujours plus. Au coeur de tout ça,Yvon Deschamps embrasse ses héritiers avec un amour égal et il montre qu'à bien des égards, l'humour, même intimiste, nourrit la conversation nationale.    

La pratique de l'oisiveté

 Article rédigé pour l'aut'journal et accessible à cette adresse: https://lautjournal.info/20200514/la-pratique-de-loisivete

Les règles ont changé: l'oisiveté est à la mode, quoi qu'on n'a pas vraiment le choix. Pour certains que le destin a condamnés à domicile, leur vie a été dictée par l'attente au cours des deux derniers mois.

Dans les médias, bien évidemment, on ne parle que de ça, car, bien sûr, les règles ont changé. Le nouveau paradigme est analysé sous tous les angles, selon les champs d'intérêts des journalistes ou des chroniqueurs.

Du côté de la culture, on fait preuve d'imagination pour remplir le mandat de produire du contenu médiatique. Odile Tremblay dans le Devoir et Michel Coulombe à Radio-Canada recyclent les classiques du cinéma.

Faut-il en rire ou en pleurer? Dites-vous que les journalistes sportifs doivent en baver depuis bientôt deux mois. Par exemple, Jean Dion du Devoir s'affaire maintenant dans la section des mots croisés. À RDS, c'est l'hécatombe. On y rediffuse plus que jamais du contenu pour les nostalgiques: les fameux matchs des Nordiques de Québec et le Défi Mini-Putt.

Il a beaucoup été relaté que l'oisiveté n'est cependant pas synonyme de performance en ces temps incertains. Une majorité ne s'est pas vanté d'avoir enfin réglé son sort à la Recherche du temps perdu qui accumule la poussière dans la bibliothèque. L'anxiété croissante est-elle en cause? Surement qu'elle y contribue.

Bien qu'ils aient tout le temps devant eux, beaucoup de créateurs avouent être sclérosés. En même temps, si tout ce qu'ils trouveraient à faire est de parler du Grand Confinement, il y aurait certainement rien de bon qui en ressortirait. Souvenons-nous que beaucoup d'ɶuvres ont été composées durant le Printemps érable, concernant le Printemps érable. Y en a-t-il vraiment une qui passera à l'histoire?

Certains occupent leurs jours avec la télé ou la radio allumée en permanence, comme s'ils vivaient dans une salle de presse. Mais entendre sans arrêt le sujet d'actualité qui a forcé notre confinement peut s'avérer lassant, voire stressant. Alors, la tentation de garnir les coffres de Netflix ou Disney semble tout naturel afin de se laisser avaler tout rond dans leur catalogue de films, de séries télé et de documentaires.

Consommer local


Alors que la récession nous guette, que l'économie québécoise est en chute libre, que le chômage grimpe en flèche, il faut se soutenir collectivement et acheter local, plus que jamais. Pour être conséquent, on remplacera donc Netflix par Tou.tv de Radio-Canada, Illico de Vidéotron ou peut-être même Crave de Bell.

Malgré la fermeture des salles de cinéma, il demeure possible, grâce à la vidéo sur demande (VSD), de voir des films qui auraient dû être en salle en ce moment. Pour en apprendre davantage, consultez les sites du Cinéma Moderne ou du Cinéma du Parc.

Sinon, on peut retrouver sur le site du Regroupement des Distributeurs Indépendants de Films du Québec (RDIFQ) les titres parus récemment ou qui devaient paraître. Les films sont présentés avec un lien vers une plateforme de diffusion payante.

Les sites web de certains théâtres diffusent librement la captation de certaines pièces, comme Je ne te savais pas poète à l'Espace libre ou Tartuffe de Molière au Théâtre du Nouveau Monde. Autrement, le site de Radio-Canada contient des versions audiophoniques de pièces comme J'aime Hydro, Mademoiselle Julie ou Encore une fois si vous permettez.

Radio-Canada héberge également des spectacles d'humour, des livres audios et autres balados. On peut également employer la nouvelle application OHdio pour accéder à tout ce contenu.

Si l'application Qub radio de Vidéotron ne contient pas autant de contenu culturel, sa toute nouvelle Qub musique est prometteuse en constituant des listes de lecture comme le fait Spotify. Mais à la différence de ce dernier, il met le contenu québécois à l'honneur. Ce n'est pas Spotify qui mettrait à l'honneur le métal québécois dans une même liste de lecture! On souhaite évidemment que la rétribution aux artistes soit plus généreuse que le fait Spotify actuellement. L'accès à la plateforme est gratuit jusqu'en août.

Enfin, n'oublions pas que malgré la fermeture des bibliothèques publiques, le prêt numérique est toujours accessible, dans la mesure où votre bibliothèque locale participe à ce service. Par contre, pour les non-initiés, une première expérience avec ce service est souvent difficile. Il est alors peut-être plus simple d'encourager une librairie indépendante comme il s'en trouve sur la plateforme d'achat en ligne des librairies indépendantes du Québec.


Liens utiles :

Théâtre
TNM: https://tnm.qc.ca/tnm-sur-le-web
Espace Libre: http://espacelibre.qc.ca/

Cinéma
Cinéma du Parc: https://cinemaduparc.com/
Cinéma moderne: https://www.cinemamoderne.com/
Regroupement des Distributeurs Indépendants de Films du Québec: https://www.rdifq.ca/

Audio
Radio-Canada: https://ici.radio-canada.ca/premiere/balados
(ou passez par l'application OHdio sur l'Appstore ou Google Play)
Qub musique: https://musique.qub.ca/ (gratuit jusqu'en aout)

Lecture
Bibliothèque numérique: http://www.pretnumerique.ca/
Les libraires: https://www.leslibraires.ca/

mercredi 11 avril 2018

Tous colonisés

entretien avec Philippe Ducros, auteur de La cartomancie du territoire


texte paru dans l'aut'journal et disponible à cette adresse: http://lautjournal.info/20180411/tous-colonises

La Commission fédérale sur les femmes autochtones disparues ou assassinées et la Commission d’enquête sur les relations entre les Autochtones et certains services publics au Québec visent à mettre en lumière ce qui ne tourne pas rond dans le traitement réservé aux Premières Nations.

Des torts, nous en portons la responsabilité comme collectivité. Les Premières Nations sont blessées; cela ne fait pas de doute. Et si nous l’étions aussi, sans que ce soit de la même manière, mais par le même mal?

C'est l'intuition qu'entretient Philippe Ducros, auteur et metteur en scène de la pièce La cartomancie du territoire présentée à l’Espace libre. L’Aut’journal s’est entretenu avec lui pour en discuter.

Son oeuvre est le fruit d’un pèlerinage dans les différentes communautés autochtones qui peuplent le Québec: «J’ai fait la Côte-Nord; j’ai fait Mashteuiatsh au lac St-Jean; j’ai fait un peu aussi la Gaspésie jusqu’au centre de détention de New Carlisle, en Gaspésie, pour rencontrer des Micmacs qui y étaient détenus». Par le passé, il a également visité Kangiqsujuaq dans le Grand Nord ainsi que les Mohawks de Kahnawake.

«Les gens que j’interviewais,» avance-t-il, «je leur ai beaucoup demandé de s’ouvrir à moi et de me parler de leurs blessures, de leurs traumatismes, de tout ce qui leur est arrivé. Et je trouvais que ce n’était pas honnête de le faire si moi je ne me mettais pas à nu.»

«J’ai décidé aussi de m’ouvrir et de parler de moi-même et de parler du fait que je me suis retrouvé, moi, en 2014, un peu sur les genoux. J’avais travaillé 80 heures par semaine pendant des mois. J’étais brulé [à cause de cet] espèce de mode de vie occidental qui nous jette tous un peu sur les genoux et qui jette aussi le territoire sur les genoux.»

Selon Ducros, la colonisation du territoire a été régie par un même schème: «C’est le capitalisme, le colonialisme, la croissance économique, c’est toutes ces idées-là qui mènent au réchauffement climatique, qui mènent à l’écart entre les riches et les pauvres, qui mènent à la grande colère qui est dans les démocraties actuelles, la perte de vitalité dans les démocraties qui fait qu’il y a des Trump qui sont élus au pouvoir, des Ford qui sont élus en Ontario.»

En clair, nous sommes tous victimes, indépendamment de qui nous sommes, autant la terre que les gens. «Je pense que l’aliénation est collective», pense l’auteur. Par ailleurs, dans le dossier de presse de la pièce de théâtre, on trouve cette citation de Frantz Fanon, auteur des Damnés de la terre: « Pour le peuple colonisé, la valeur la plus essentielle, parce que la plus concrète, c’est d’abord la terre : la terre qui doit assurer le pain et, bien sûr, la dignité. »

C’est pourquoi le dramaturge réfléchit à la manière dont on s’occupe de notre territoire. Il s’inspire de la résilience des Premières Nations afin «[d’]apprendre comment eux se sont relevés des traumatismes du colonialisme, car [il a] l’impression qu’on est en train de s’auto-coloniser tous un peu, et [il souhaite] apprendre aussi les réponses aux grands enjeux de notre époque, voir d’autres manières de lire le monde, dans d’autres visions de la vie.»

Il évoque le milliard de dollars qu’il faudra payer pour décontaminer les sites miniers québécois, mais également le projet hydro-électrique de la Romaine et le financement de la cimenterie Port-Daniel, deux initiatives lancées dans des marchés saturés, qui auront un impact certain sur l’environnement.

Mais aussi, ce sont des projets qui confortent nos complexes, comme le dit Ducros: «On paie pour se faire voler notre territoire, pour créer 200 jobs. La cimenterie Port-Daniel, on le sait, ça a couté 600 millions de dollars pour créer 200 jobs. C’est 3 millions la job.»

Car en réalité, le grand gagnant est celui qui reçoit tout cet argent et non le peuple qui s’illusionne le rayonnement d’un tel investissement. Malgré tout, peu de Gaspésiens et de citoyens de Chandler s’en plaindront. Fanon disait que la colonisation causait un complexe chez le colonisé qui incitait au désir du maitre, le syndrome de Stockholm, si on préfère.

C’est pourquoi Ducros «pense aussi qu’il y a cet espèce de fantasme de dire: “Il faut créer des jobs”, et c’est un discours que les gens disent et que les gens des régions qui se retrouvent à voir leurs régions se faire vider disent: “moi, je veux des jobs”», et ce, peu importe les conséquences.

En prétendant que cet argent aurait pu être mieux investi, l’auteur appelle à une conversion profonde de notre mentalité d’après son expérience auprès des Premières Nations: «Eux, l’aliénation, ils l’ont vécue d’une manière beaucoup plus violente que nous, beaucoup plus frontale.»

«Ce que je sais aussi, c’est que ces traumatismes-là, ce dont parlait Fanon, au niveau du complexe, ça existe encore. Ce que ça signifie, c’est que ça crée, dans les gens qui ont été colonisés d’une manière aussi grande et aussi violente, ça crée des traumatismes qui rendent les gens malheureux.»

«On leur a appris à se haïr. On leur a appris à trouver leur culture sale. La loi sur les Indiens avait comme but de tuer l’Indien dans l’enfant. Kill the Indian in the human. Tout ça, ça a créé des séquelles. C’est passé de génération en génération. Dans les communautés, il y a beaucoup de violence, beaucoup de violence verbale, civique, sexuelle. C’est des choses qui ont été apprises, qui ont été déstructurées».

«On les a déstructurés. Après ça, on s’étonne qu’ils sont déstructurés.»

Étant donné que les voyages de Philippe Ducros l’ont mené en Amérique latine et en Afrique. Il a aussi visité les territoires occupés par Israël au Proche-Orient. Il fallait bien lui demander si la situation qu’il a vu dans les réserves et les villages nordiques se comparent avec ce qu’il a vu ailleurs.

Spontanément, il évoque l’expérience palestinienne: «Tout le monde parle des territoires palestiniens occupés comme étant des bantoustans [avec ses] murs de l’apartheid. Et moi j’étais là-bas et je me suis dit que c’est pas des bantoustans, c’est des réserves qu’ils sont en train de créer.»

«Je parle des territoires occupés. Je parle de Gaza, du nord de la Cisjordanie, du centre de la Cisjordanie, du sud de la Cisjordanie qui sont complètement coupés l’un de l’autre. [Les Israéliens] ont coupé ces territoires-là. Ils sont capables, en fermant deux ou trois checkpoints, de tout bloquer la circulation.»

Cet exil, cet isolement impose aux Palestiniens un «processus d’endoctrinement, [un] processus d’aliénation [...]. Oui, je peux reconnaitre des choses qui sont chez les Premières nations que je peux reconnaitre chez les Palestiniens.»

«La Palestine, c’est une colonisation comme avant la Deuxième Guerre mondiale, comme on colonisait au 19e siècle et dans la première moitié du 20e siècle. Les réserves autochtones, c’est la même chose. [...] C’est un génocide. Ils ont été complètement massacrés à la manière des colons à l’époque où les colons débarquaient et, s’il n’y avait pas de chrétiens, c’était à eux la terre.»

Cependant, bien que les conditions de vie dans certaines réserves sont propres au tiers monde, «entre le Mali et le Gabon», il constate que «peut-être que [les Autochtones] sont passés à travers et sont déjà en train de se relever. [...] Il y a un réel réveil. Il y a une réelle réappropriation de leur réalité. Il commence à y avoir des choses très inspirantes chez les Premières Nations.»

Il se dit très «très inspiré par ce que qui se passe à la Baie-James, [avec] le gouvernement bipartite entre les Cris et les Jamésiens.»

Ducros évoque l’entente qui a été convenue en 2012 entre les Cris de la Baie-James et Québec pour créer un gouvernement mené conjointement par des Québécois habitant la Baie-James et les Cris, ce qui permet à ces derniers d’avoir un mot à dire sur la gestion de leur territoire.

Bien que ce «geste semble emballé dans du papier électoral» selon Marie-Andrée Chouinard du Devoir, car des élections eurent lieu quelques mois plus tard, il n’en demeure pas moins que ce fut une décision fondée sur un principe de dignitié et non seulement par le dictat économique..

Comme quoi, parfois, les cadeaux électoraux font des heureux et n’attisent pas toujours le cynisme!


La cartomancie du territoire

Texte et mise en scène de Philippe Ducros

Avec Marco Collin, Philippe Ducros et Kathia Rock

Une production de Hotel-motel

présenté à l’Espace libre du 27 mars au 7 avril 2018




Le texte est publié chez Atelier 10 dans la collection Pièces